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La véritable mal-aimée de l'écriture

On pense à tort que la plus grande mal-aimée de l'écriture est l'orthographe… En réalité, il n'en est rien. La petite chose la plus torturée, la plus malmenée, la plus bafouée, la plus outrageusement ignorée, la petite chose victime des plus grands blasphèmes en matière d'écriture, c'est bien plutôt…

 

… la ponctuation.

 

Pauvre, pauvre petite ponctuation !…

 

C'est à tort qu'on pense à l'orthographe, car l'orthographe, en vérité, tout le monde s'en préoccupe. Il ne se passe pas un jour sans qu'on en parle, de l'orthographe, sans qu'on s'inquiète affectueusement de son état de plus en plus déplorable (je ne dirai rien sur le fait que si elle était un peu plus simple, cet orthographe, peut-être qu'on la respecterait un peu mieux… passons…).

 

Mais la ponctuation, qui s'en soucie ?…

 

:-(

 

Qui ?…

 

:-(

 

Personne !…

 

:-(

 

Au sein même de nos écoles, les professeurs s'en contrefichent outrageusement, qui n'ont d'yeux que pour son aînée l'orthographe. Mes sources ?… Les bulletins scolaires de mes propres enfants… De toute leur scolarité, pas un bulletin qui n'ait bafoué l'usage correct de cette délicieuse et tendre ponctuation qui fait pourtant la beauté des phrases de notre langue.

 

Tout le monde s'en fout, je vous dis !

 

:-(

 

Pourtant, il serait si simple de la respecter, un tout petit peu, juste pour lui dire qu'on l'aime, elle aussi… Nonobstant quelques règles délicates comme notre français affectionne à les produire, l'usage de la ponctuation est rudimentaire, soyez-en assurés.

 

Si vous le voulez bien, revoyons juste quelques points essentiels.

 

Notez bien que ce qui suit n'est nullement un précis complet de ponctuation. Je ne présente ici que les fautes les plus souvent commises. Googlez « règles de ponctuation » pour découvrir ou revoir les règles complètes.

 

Une règle de base, un moyen mnémotechnique bien pratique, consiste à se souvenir qu'il faut toujours une (*) espace insécable (**) avant un signe double. Un signe double est un signe composé de 2 éléments séparés, comme le deux-points — composé de 2 points —, le point d'exclamation — composé d'un point et d'un trait vertical —, etc. (voir la liste plus bas).

 

(*) « Espace » est féminine en ponctuation, et oui ! :-)
(**) « Insécable » signifie qu'on ne peut pas couper la phrase sur elle. Elle permet de coller en quelque sorte l'élément précédent, l'espace et l'élément suivant. S'il y a une espace insécable entre le « oui » et le point d'exclamation ci-dessus, le point d'exclamation ne peut pas passer à la ligne tout seul. Il ne passera à la ligne qu'avec le « oui ».

 

Sans espace insécable :

................... ........... ........... ...... ............ ....... ...... et oui
!

Avec une espace insécable :

................... ........... ........... ...... ............ ....... ....... et 

oui ! (le « oui » et le « ! » sont collés, insécables)

 

Notez que j'indiquerai l'espace insécable par un fond bleu et un trait rouge.

 

Pour produire cette espace insécable :

MAC : ALT + ESPACE
PC : CTRL + MAJ + ESPACE

Correct (il y a une espace — insécable) :

 

Bonjour ! :-)

 

Incorrect (mais notez que c'est l'usage en anglais) :

Bonjour! :-(

Hello! :-) (en anglais)

Correct :

Tu m'aimes ? :-)

Incorrect (mais c’est l’usage en anglais) :

Tu m'aimes? :-(

 

À titre de rappel, les signes doubles sont :

  • le deux-points : « : »,
  • le point-virgule : « ; »,
  • le point d'exclamation : « ! »,
  • le point d'interrogation : « ? »,
  • le point d'ironie : « ؟ »,
  • le point exclarrogatif : « ‽ ».

Ensuite, on place toujours une espace — sécable, celle-là — avant la parenthèse ouvrante si elle ne débute pas la phrase, et une espace — sécable — après s'il n'y a pas de ponctuation (sinon, c'est la règle de la ponctuation qui s'applique) :

[…] tu peux lui demander mais (si tu y tiens) il faudra qu'elle […] :-)

[…] le voir (entre nous, tu pourrais lui demander). Il faudra […] :-)

 

Passons maintenant aux points de suspension…

 

Oh les pauvres, pauvres points de suspension !… :-(

 

Ils sont en typographie un signe unique. Ça n'est pas trois points à la suite (c'est d'ailleurs la raison pour laquelle je préfère les appeler LE point de suspension, aujourd'hui) :

 

Correct (sélectionnez à la souris le « … » ci-dessous pour constater qu'il n'y a qu'un seul signe) :

Je t'aime…

Incorrect (à la souris, notez qu'il y a trois points) :

Je t'aime...

 

Pour obtenir le point de suspension correct :

MAC : ALT + ; (point-virgule — touche du point)
PC : MAJ + ALT + . (point)

Et qu'en est-il des pauvres tirets longs ? (appelés aussi “tirets cadratins”). Pour commencer, bien souvent, ils sont remplacés par des simples signes “moins”…

Oh ! Les - vilains - signes moins ! :-(

Oh ! Les — beaux — tirets cadratins ! :-)

 

(On pourrait mettre aussi des demi-longs, appelés « demi cadratins », mais il vaut mieux les réserver aux dialogues)

 

Pour obtenir les tirets longs :

MAC : ALT + - (moins)
PC : ALT + CTRL + - (moins du pavé numérique)

Les tirets (longs) à l'intérieur d'une phrase sont toujours entourés d'espaces, sécables à l'extérieur, insécables à l'intérieur. Mais pas d'espace après s'il y a une ponctuation qui n'en attend pas :

 

Le texte avant — le texte dedans, tout collé aux tirets grâce aux belles espaces insécables — le texte après. :-)
[…] si elle le veut — et elle le voudra —, la virgule supprimera l'espace et un point final supprimera même le second tiret — n'en déplaise à mamie allongée dans les orties. :-)

 

Et pour clore, levons le sort jeté aux guillemets et autres chevrons.

 

Oh les pauvres, pauvres guillemets !… :-(

 

Pas d'espaces intérieures pour des guillemets simples ou doubles :

"guillemets doubles", “autres guillemets doubles”. :-)

" guillemets doubles avec affreuses espaces " :-(

 

En revanche, ces espaces, il les faut à l'intérieur des chevrons et il faut qu'elles soient insécables :

[…] c'est un « texte à l'intérieur collé aux chevrons ». On les ferme toujours. :-)

D’affreux «chevrons» pas beaux du tout, car utilisés sans espaces à l'intérieur. :-(

 

Voilà. C'est déjà pas mal, non ?

 

Alors faites-moi plaisir… À partir d'aujourd'hui — allez, disons demain —, ne vous laissez plus aucune excuse de torturer votre ponctuation ! D'accord ?

 

Et voilà !

 

 

Ben…

 

Et moi alors ?…

 

Qui ça, toi ?

 

 

Ben moi : la virgule… Pourquoi personne s'intéresse à moi ?… :-(

 

 

C'est parce que je suis qu'une virgule que tu dis rien sur moi ?

 

Mais non je —

 

Moi aussi, on me maltraite ! moi aussi on me torture ! moi aussi on m'emploie à tort et à travers !

 

C'est pas faux mais —

 

Ben oui mais tu parles pas de moi ! Il est tout pourri, ton

article !… :-(

 

Promis, la prochaine fois, je te consacre tout un article.

 

Un article rien que pour toi.

 

Tu me laisses mettre un point final sans te vexer, maintenant ?

 

OK… Mais… dis… à la place du « point final »… tu voudrais pas mettre plutôt… une « virgule finale » ?…

 

OK… alors exceptionnellement, et juste parce que personne n’arrivera jusqu'ici, je termine cet article par une virgule finale.

 

Et voilà,

 

:-D